Beaucoup d’analystes se demandent si l’échec des négociations de Copenhague n’est pas un tantinet l’échec de l’Europe. Il est vrai qu’outre une bonne brassée de real politik, cet échec est surtout le fait de l’entente entre les deux superpuissances actuelles : les USA et la Chine. En gros, les deux géants se sont mis d’accord, en dehors des réunions officielles pour pouvoir continuer à polluer comme bon leur semble sans que personne ne trouve à redire. Résultat : l’Europe, hôte de la conférence, apparaît une fois de plus comme pétri de bonnes intentions mais incapable d’imposer quoi que soit, bref moins que Frodon au Conseil d’Elrond, vous avez l’Eur-hobbit qui s’agite beaucoup et que personne n’écoute.
Je suis souvent pris d’une sorte de fascination pour les renversements de l’histoire. Vu son passé dominant, comment une puissance comme l’Europe peut-elle à ce point manquer d’envergure ?
Il faut sans doute ici évoquer les notions de soft power, de hard power et de smart power.
Pour ceux qui auraient raté un épisode dans le lexique géopolitique, voici une courte définition de ces trois termes appliquée au cas européen.
Soft Power : Pour Joseph Nye, l’inventeur de ces concepts, on a quitté la politique de la carotte et du bâton depuis un certain temps. Les décisions se prennent de plus en plus collégialement lors de conférences et de débats internationaux. Finit le temps où les Etats imposaient leurs vues avec les canons déployés devant les murs de la cité. Aujourd’hui d’autres facteurs sont pris en compte comme l'image ou la réputation positive d'un État, son prestige, mais aussi le degré d'ouverture de sa société, le rayonnement de sa culture et de ses idées (religieuses, politiques, économiques, philosophiques, scientifique...),… L’ensemble de ces facteurs permet à la puissance de gagner de l’importance au sein des institutions internationales, influençant les prises de position et les agendas.
Hard Power : Pour autant, la puissance militaire comme source de pouvoir contraignant ou d’intimidation compte toujours tant sur le terrain qu’au niveau psychologique. Les USA en ont bien sûr le leadership.
Or, il va de soi que pour se hisser sur l’échiquier des grands, il faut non seulement du soft power mais aussi du hard power. C’est ce mélange, savamment utilisé qui permet de mettre en place ce que Hillary Clinton nomme le smart power (pouvoir intelligent), c’est la capacité à utiliser les bons leviers (militaires, économiques, culturels, scientifiques,…) au bon moment.
Pour redevenir concurrentiel, il faut, à mon humble avis, que :
1) L’Europe se dote d’une doctrine de hard power (en clair qu’elle se dote d’une armée intégrée digne de ce nom). Pour ce faire, il faut dépasser l’expérience traumatisante de deux guerres mondiales centrées sur le territoire européen pour renouer, non pas avec la violence, mais avec la sagesse ancestrale qui veut que « si vis pacem parra bellum ».
2) Qu’elle travaille son soft power (super production cinématographique européenne, séries télé de bonne qualité – à quand un Jack Bauer européen ? – mais aussi qu’elle tente de prendre le leadership dans certaines branches scientifiques, qu’elle apprenne à parler d’une seule voix claire, etc…
3) Quelle puisse enfin se doter d’un pouvoir centralisé qui lui permette, in fine, de prendre des décisions rapides et impliquant toute l’ « entité européenne ». Ce n’est pas Guy Verhofstadt, l’ancien premier ministre belge qui me donnera tort, lui qui plaide une nouvelle fois pour une fédération politique suite à l’échec de Copenhague : "Aujourd'hui, l'Europe n'est pas écoutée - n'est plus écoutée - par les grandes puissances" et risque de devenir "la Suisse du monde". Apparemment et heureusement le premier président européen, Herman Van Rompuy semble être arrivé à cette conclusion et petit à petit, dans le style discret qui est le sien, veut faire prendre cette direction au géant européen.
Pour garder ma référence à Tolkien, ce géant de la littérature européenne, je poserai la question suivante : l’Europe prendrait-elle enfin le chemin qui mène hors de la Comté ?
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Des policiers
britanniques mènent leur enquête jusque dans les crèches à la recherche de dangereux terroristes. La nouvelle prêterait à sourire si elle n’était pas le fait de la police d’élite
anti-terroriste. La nouvelle prêterait à l’indignation s’il ne s’agissait pas d’une mesure probablement utile sinon indispensable.
Alors que se déroule le sommet de Copenhague et que plus personne ne nie l’existence du réchauffement climatique et les répercutions écologiques dramatiques, on oublie souvent les
implications de celui-ci sur la géostratégie.
J’ai ressenti le besoin de faire ce blog d’abord
pour partager mon intérêt pour la pensée stratégique, pour l’histoire et l’actualité militaire.
